Origine et histoire de la Fonderie de canons
La fonderie de canons de Toulouse occupe l’emplacement d’un ancien couvent des Clarisses, fondé en 1352 après la destruction des faubourgs pendant la guerre de Cent Ans. Les religieuses, initialement installées en périphérie, obtiennent l’autorisation de reconstruire intra-muros près de la Garonne. Le couvent, presque entièrement rebâti en 1658, est fermé à la Révolution et devient bien national. Ses bâtiments, saisis, sont alors réaffectés à des usages industriels par la Convention nationale.
En 1793, face aux besoins militaires de la levée en masse, le comité de défense générale transforme le couvent en fonderie de canons pour l’armée des Pyrénées. Dirigée d’abord par Dupont de Rochefort, neveu du commissaire des fontes de Paris, l’installation utilise l’eau du canal du moulin du château pour actionner les machines. Après des débuts difficiles dans d’autres sites toulousains (églises Saint-Pierre-des-Cuisines et Sainte-Anne), la production démarre sous la direction de Dupont et de Jean Abadie, qui organisent fonderie et moulerie. Les premiers canons fondus, l’établissement est confié aux entrepreneurs Bertha et Lehodry.
La fonderie connaît son apogée industrielle au début du XIXe siècle sous Adolphe Mather, qui modernise les installations avec une forerie horizontale conçue par Jean Abadie en 1816, puis une nouvelle en 1824. Bertha, seul entrepreneur après 1800, diversifie la production en créant un laminoir pour le cuivre destiné à la marine, exploitant huit moteurs hydrauliques. L’activité décline après 1866, date de la fermeture définitive. Les bâtiments sont rachetés en 1879 par l’Institut catholique de Toulouse, qui les réaménage en salles d’exposition et d’enseignement, conservant des vestiges industriels et un rempart gallo-romain de 70 mètres.
Le site abrite aujourd’hui des éléments protégés au titre des monuments historiques : les vestiges de la fonderie (fours, ventouses, cheminées, rampes pour trinqueballes), inscrits en 1996, et une section du rempart antique, classée dès 1963. Une fresque de Marcel Lenoir, Le Couronnement de la Vierge (1920–1923), orne une salle de l’Institut, tandis que l’entrée conserve une composition du XVIIIe siècle. Les matériaux du bâtiment, en brique et béton, reflètent ses transformations successives.
L’histoire du site illustre la réutilisation adaptative du patrimoine religieux : du couvent médiéval à l’arsenal révolutionnaire, puis à l’établissement éducatif contemporain. Les fouilles et protections récentes soulignent son double intérêt, à la fois archéologique (rempart gallo-romain) et technique (métallurgie pré-industrielle).